En tant que joueur européen, Chrono Trigger fait partie de ces classiques intemporels dont la notoriété n’apparaît que a posteriori. Ce n’est que dans les magazines spécialisés que j’ai entendu parler de ce jeu disponible (entre guillemets) uniquement en import US. La première fois que j’ai vu une véritable cartouche du jeu, c’était dans une boutique spécialisée dans l’import jap, et son prix était absolument prohibitif (on parle de 200 € la cartouche). Chrono Trigger a pour moi ce statut de classique et classieux que seule une poignée de spécialistes soucieux de plonger dans les grands classiques du J-RPG reconnaissent.
Au moment où l’émulation a rendu accessible ce genre de titre, j’étais déjà dans ma courte phase Final Fantasy (le VI, que j’ai abandonné plusieurs fois, le VII, le VIII et surtout le IX, que j’ai adoré sans jamais le finir). J’ai aussi passé du temps sur Grandia, Vagrant Story, Legend of Dragoon et Golden Sun. C’est Final Fantasy X qui m’a écœuré du genre, et je n’y ai pratiquement plus touché depuis. Bref, tout cela pour dire que je n’ai aucune attache particulière avec Chrono Trigger, que je découvre totalement avec ce premier playthrough. Ce qui m’a poussé vers ce titre, c’est une sorte de réputation de J-RPG “mais tu verras, c’est très bien rythmé et ça se termine en 20 h, je te promets”.
Chrono Trigger a réussi comme par magie à ressusciter en moi l’envie de jouer à d’autres J-RPG, mais m’a aussi rappelé pourquoi le genre m’a lassé. Je sais que c’est un jeu adoré de tous et que la mémoire humaine a cela de beau qu’elle a tendance à ne garder que les bons souvenirs, mais Chrono Trigger m’a délicieusement ennuyé. À celles et ceux qui y ont joué il y a longtemps : vous vous souvenez sûrement du rythme du jeu, de ses personnages, de sa musique et de ses idées de mise en scène absolument incroyables… mais vous avez sûrement oublié que vous avez passé deux tiers de votre temps à combattre du trash mob en auto-attack. Évidemment, cette question de game design est propre à beaucoup de J-RPG de cette époque, et Chrono Trigger tente d’apporter des améliorations : plus de combats qui se lancent sur la world map (alléluia), des ennemis visibles dans les donjons… De manière générale, le système de combat est à la fois simple, efficace et sans prise de tête.
Mon problème a été que j’ai plutôt roulé sur le contenu jusqu’à la toute fin du jeu, où les deux derniers boss m’ont réellement posé problème. Il est toujours désagréable d’avoir un immense pic de difficulté à la toute fin d’un jeu. J’aurais préféré une progression par paliers qui m’aurait progressivement appris de nouvelles mécaniques au fur et à mesure.
Le système de combat ne m’a donc pas spécialement plu, mais ce n’est absolument pas grave, car tout le reste dépasse largement toutes les attentes que je pouvais avoir. J’ai été réellement abasourdi par la qualité des graphismes et des animations. Je ne pensais pas qu’une telle mise en scène était possible et stockable sur une cartouche de SNES. La musique me reste encore en tête, malgré le fait que le compositeur ait failli se tuer à la tâche pour la réaliser. Le thème du royaume de Zeal est vraiment majestueux et complexe (je n’ai pas d’autres termes).
Vraiment, il y a quelque chose de magique dans ce jeu, qui réussit à créer très rapidement une ambiance et un monde cohérent, sans trop de textes à lire. C’est un jeu relaxant, qui m’a apporté beaucoup de réconfort à travers des moments de ma vie relativement éprouvants. C’est plus efficace qu’un bain chaud, et au moins, à la fin, on n’a pas les mains et les pieds ridés.
Comme vous, je vais très vite oublier ses parties plus ennuyeuses et ses boss endgame frustrants. Et comme vous, je le recommanderai à tout le monde, même à celles et ceux qui n’ont jamais touché à un J-RPG. C'est un "passeur" : un jeu qui permet de faire découvrir un genre au plus grand nombre en établissant un standard de qualité. Un titre rétro, mais toujours actuel et accessible. Des qualités rares et notables.