Je ne suis que regrets. Je n'aurais jamais dû jouer à ce jeu.
En cette fin d'après-midi lumineuse, je souris. Je viens de voir Flowey me demander de ne pas revenir, de ne pas rejouer, car autrement tout le bien que j'ai fait sera effacé. Ça me fait tout drôle d'éprouver autant d'empathie pour des êtres virtuels...mais soit, j’éteins mon ordinateur et passe à autre chose.
Mais quelle autre chose? Sur mes étagères trônent mes anciens jeux préférés. Un Skyrim dont je ne me souvient d'aucun personnage en particulier, mais surtout, je m'en rend compte à présent, où tout repose sur notre capacité à massacrer le plus d'êtres vivants possibles. Un Gears of War, même principe. Un Fable, idem. A mesure que je fais défiler les jaquettes, j'ai l'impression que du sang ruisselle sur mes mains, jusque sur le plancher. Tous ces jeux sont funs, mais ils nous glissent dans la peau d'un psychopathe. Undyne y aurait vu une preuve de notre incapacité à être bons, je ne vais quand même pas lui donner raison...
Heureusement, il me reste mes jeux de stratégie. Je rallume mon PC. Mais de nouveau, je réfléchi : outre le fait qu'une majorité d'entre eux mettent en scène des batailles où l'on commande à des centaines d'hommes d'en massacrer des milliers d'autres, on ne peut pas vraiment dire qu'il y ait de scénario. L'histoire du monde, l'humain avec sa violence, mais tout est vu en gros, peint au rouleau à peinture, sans détails. On ne s'attache pas. Pas de personnages marquants. On y joue pour le sentiment de toute-puissance. Or que vaut-elle si l'on est pas capable de protéger son peuple de la famine ou de la guerre? Je repense à Asgore...
Il est rare de rencontrer des œuvres qui vous marquent au point de redéfinir votre vision des choses. C'est ce qui m'est arrivé avec ce jeu et à présent, je me retrouve devant la double difficulté existentielle qui survient après toute expérience de ce genre : d'une part, je ne peux plus passer à côté de l'aspect brouillon et violent de l'immense majorité des jeux qui sortent aujourd'hui, de l'impossibilité d'y éprouver une émotion autre que le plaisir du meurtre ou de la domination, souvent sous le faux prétexte de sauver le monde. D'autre part, lorsqu'on achève une œuvre comme celle-là, on a forcément de nouvelles exigences, des standards bien plus élevés. Tellement élevés qu'il n'y a pas grand-chose qui soit à la hauteur, et encore moins au-dessus...
Il faut dire aussi que tout y est marquant au possible. L'humour y est omniprésent, cela faisait prêt de dix ans que je n'avais pas ris devant un jeu. Les personnages y sont franchement bien faits, débordants d'humanité, qui exigent de nous un minimum de réflexion sur la nature des conflits, la difficulté d'être père, ami, amant, sur la signification de nos actes... et paradoxalement, il y a l'épique des combats. Bon sang, c'est un jeu en 2D pleins à craquer de pixels et dans lequel les seules choses à faire sont de bouger un cœur et d'appuyer sur deux boutons, alors pourquoi est-ce que j'éprouve autant de plaisir à y jouer? C'est sans doute ce qu'on appelle...un coup de cœur (badoum tss!)
Bref, je ne m'étendrais pas d'avantage sur ses qualités, d'autres membre de notre secte, euh, de notre communauté de fans vous les aurons sûrement martelées. Tout ce que je peux vous dire, c'est que vous allez vous prendre une claque ; mais faites attention : le risque de trouver soudainement fade toute autre expérience vidéoludique est réel. Je vous aurait prévenu!