Premier roman de la série des Rougon-Macquart de Zola, La Fortune des Rougon prend vraiment la forme d'une introduction à toutes les oeuvres qui vont le suivre. On y découvre les origines des deux familles, et on peut déjà y entrevoir toute l'importance de la généalogie dans l'oeuvre de Zola.
La Fortune des Rougon, c'est à la fois le début du récit de la destinée de la famille mais également l'histoire de son ascension sociale vers la richesse. On y découvre des personnages assoiffés d'argent, prêts à tout pour parvenir à leurs fins. On y suit aussi le récit d'un évènement historique, le coup d'Etat de 1851. Il s'agit donc d'un roman riche sur bien des plans.
Plusieurs points méritent d'être mentionnés. Tout d'abord, notons l'importance de la géographie dans l'oeuvre : si Plassans est une ville fictive, elle possède tout de même des caractéristiques qui lui confèrent de l'intérêt. La ville est divisée en trois quartiers bien distincts qui révèlent en fait la division entre les différentes classes sociales : le peuple ouvrier, la bourgeoisie florissante et la noblesse. Les différentes classes ne se mélangent pas, et les quartiers semblent impénétrables pour des personnes qui n'y habitent pas, ce qui est déjà très révélateur de la vision de Zola sur la société de la deuxième moitié du XIXème siècle.
Par ailleurs, le roman s'ouvre sur une longue description de l'ancien cimetière qui occupait un côté de la ville de Plassans et qui a donné lieu à une sorte de place dénommée l'aire Saint-Mittre. Décrire un cimetière dès les premières lignes d'un roman n'a rien d'anodin : Zola nous donne déjà un aperçu de toute son oeuvre qui va suivre, de toute cette vie qui se nourrit de la mort, puisqu'on a fait pousser des arbres puis construire des bâtiments sur l'ancien cimetière, et que l'impasse Saint-Mittre sera autant le lieu de l'amour (qu'on lie à la vie) que de la mort.
Les personnages et leur description sont également très intéressants dans ce premier roman : en effet, chaque description est relativement bien détaillée et s'attarde à montrer clairement l'importance de la généalogie. Chaque personnage a hérité de certains traits de son père et d'autres de sa mère, et cela se voit parfois physiquement. Par ailleurs, on découvre les racines de l'arbre généalogique des Rougon-Macquart qui sont déjà de mauvais augure : Adélaïde se marie à un Rougon puis fait des enfants avec Macquart, elle est décrite comme une vieille folle et ses enfants la haïssent ; ses fils Pierre Rougon et Antoine Macquart se haïssent tellement qu'ils pourraient s'entretuer pour des histoires d'argent ; deux des fils de Pierre Rougon ont une ambition tout aussi démesurée que celle de leur père.
L'ironie de Zola est implacable dans ce roman : on se moque de ces petits hommes de province qui souhaitent gravir l'échelle sociale par tous les moyens, on se moque de la facilité avec laquelle ils sont capables de retourner leur veste par intérêt. Pour obtenir la notoriété et la richesse dont ils rêvent tant, dans une période d'instabilité politique (nous sommes la veille du coup d'Etat de 1851), Pierre Rougon et son fils s'investissent en politique et doivent bien choisir leur camp au risque de tout perdre. Les passages sur le salon jaune, salle où se réunissent des bourgeois de Plassans afin de parler de politique chez Pierre Rougon, sont absolument exquis.
Enfin, ce qui termine de parfaire ce roman, c'est l'histoire d'amour entre Sylvère et Miette. Ces deux enfants au coeur rempli d'innocence apportent un souffle de fraîcheur au milieu de tous ces discours politiques. Leur amour naissant est décrit d'une manière tout à fait juste et touchante, et les passages concernant Miette et Sylvère sont souvent les plus beaux et les plus poétiques du roman.
J'ai adoré La Fortune des Rougon, qui m'a tout à fait convaincue à continuer ma découverte de l'oeuvre de Zola !