Dessin-animé + réalisation belge + production Ghibli = « La Tortue rouge. » Déjà, moi, rien que pour cette équation incroyable, je voulais voir ce film. Et maintenant que je l’ai vu, certaines de ses caractéristiques me sont apparues comme évidentes. Première évidence : c’est beau. Mais c’est vraiment trèèèès beau. Le dessin est riche mais épuré à la fois. Il est subtil et plein de caractère. Ne serait-ce que d’un point de vue visuel, cette « Tortue rouge » pose indéniablement sa marque. Rien que pour cela : chapeau. Deuxième évidence : c’est créatif et cohérent. L’air de rien, l’histoire, les dialogues et la musique, sont totalement dans le ton du visuel. Riches, subtils, mais très dans l’épure. Les dialogues se limitent à quelques râles de temps en temps (ce qui n’empêche pas l’intrigue à vivre même qu’avec ça) ; la musique est discrète mais véritablement envoutante ; l’histoire est très simple, mais émaillée de quelques bons moments et quelques belles trouvailles qui lui permettent de se déployer sans trop d’efforts. Seulement voilà, une troisième évidence a fini par s’imposer également. L’évidence de trop ; la plus cruelle aussi. Cette troisième évidence c’est que cette « Tortue rouge » est aussi trop longue. Trop longue. Beaucoup trop longue. Alors certes, le film ne dure qu’une heure et vingt minutes, ce qui est peu par rapport aux standards actuels. Seulement, pour moi, l’excès de longueur d’un film n’est pas une question de limites fixes à ne pas dépasser. Pour moi l’excès de longueur se juge en fonction de ce que le film avait à nous dire. Or, je trouve que cette « Tortue rouge » n’avait clairement pas de quoi tenir 1h20. Alors certes, je comprends la nécessité de se rapprocher le plus possible du format long-métrage pour être en mesure de toucher l’exploitation en salle, mais pour moi, les conséquences sur l’œuvre finale sont désastreuses. Le film a quasiment tout dit au bout de quarante minutes, et encore en délayant pas mal. Toute la seconde moitié n’est qu’un effort désespéré pour atteindre la limite fatidique d’1h20 ; un effort qui dilue la qualité de l’œuvre et la fait même sombrer dans quelque-chose que j’ai trouvé redondant et – osons utiliser les mots – chiant. Très chiant. Alors après ça va, 1h20 ce n’est pas le calvaire non plus. Mais bon, d’un autre côté, quand on voit comment se finit le film, et qu’on constate qu’au final, toutes les meilleures idées étaient au début, et que la conclusion ne se limite en fin de compte qu’à l’idée la plus banale qui soit, sans subtilité aucune, alors forcément on est en droit d’être frustré. Moi, j’ai été frustré. Pour le coup, je me suis dit qu’un long-métrage ne pouvait pas tenir sur aussi peu. Pourtant Michael Dudok de Wit a visiblement considéré que oui. Isao Takahata aussi. Je trouve ça fort présomptueux, voire limite prétentieux. Au cinéma, l’audace visuelle ne peut suffire. Sans le reste, l’édifice perd en cohérence et donc du coup en pertinence. Dommage, on était proche, et s’en est presque rageant. Je comprends d’ailleurs ceux qui encensent ce film. Moi aussi j’aurais envie de stimuler et d’encourager ce type d’audace. Seulement voilà, ne nous mentons pas : si aujourd’hui je devais me demander à moi-même si je me conseillerais ce film, je me répondrais clairement que « non ». Paradoxalement, la bande-annonce m’a bien plus fait rêver que le film en lui-même. Heureusement d’ailleurs que j’ai vu celle-ci après avoir découvert le long-métrage, sinon il ne me serait plus resté grand-chose. Donc vous voilà prévenus. Et comme le dit le dicton : un naufragé averti en vaut deux…