Ou sont ces putains de lude? Hors de question que je meurs clean !
Après un long moment de flemme ultime et absolue, je reviens sur « papier » pour écrire sur un film que j’attendais avec impatience mais que j’ai mis 4 mois à visionner. Martin Scorsese et Leonardo Dicaprio se retrouvent dans cette adaptation du livre autobiographique écrit par Jordan Belfort. Ce bouquin m’est apparu comme mal rédigé et exacerbé de vulgarité, ce qui pour ma part est paradoxal, putain ! La lecture m'a semblé longue tant les 760 pages du format poche ne défilait que rarement par paires. Cependant, si la pilule passait à moitié avec le livre, le film a su aider à la déglutition. Le côté vulgaire est, lui, toujours bien présent tout au long du film, puisqu'il raconte les années de grosse flambe d'un self-made man qui a su tirer profit de la Bourse en se bâtissant un empire. À tout ça, on ajoute de la poudreuse (et je ne parle pas de vos vacances au ski), de la débauche, du sexe et du luxe, le tout enrobé dans des tapisseries de dollars. Le film entier est ponctué de scènes très drôles, un humour plutôt noir, grinçant, voire même complètement burlesque dans certaines scènes qui n'ont rien à envier aux plus grosses comédies américaines avec leurs péripéties rocambolesques. Je pense notamment à une scène absolument mythique qui verse totalement dans le comique de situation avec un Dicaprio rampant et bavant, au potentiel comique vraiment surprenant. Ça me rappelle jeudi dernier tiens…
Leonardo Dicaprio est tout simplement excellent dans ce rôle qui rappelle ses prestations dans ses quelques derniers films. On se rend compte qu'il a réellement pris tout ce qu’il pouvait pour parvenir à cerner le trader. D'ailleurs, son talent n’est plus à prouver mais malgré tout, il faut lancer un véritable coup de chapeau à l'acteur pour sa performance, car il n'est pas évident de jouer un tel rôle, avec un personnage aux multiples facettes et aux délires aussi incroyables qu'imprévisibles. Si la première partie du film est assez classique avec un homme qui aspire à une vie meilleure, on sent que cette réussite l'amène dans un délire total où tous les extrêmes deviennent chose commune, et ou le trader nous montre ses différentes personnalités au point de ne plus savoir qui il est réellement. Et plus les délires sont importants, plus le rôle est difficile à jouer car il faut être capable de jouer un homme incontrôlable doublé d'un homme qui sait ce qu'il veut et où il va. Merci Léo !
Pour ce qui est des rôles secondaires, l’ensemble du casting tient ses promesses. Jonah Hill est l'homme de la situation, celui du looser qui est prêt à tout pour réussir et qui a le don de vite comprendre ce qu'on attend de lui. Matthew McConaughey est également excellent dans le rôle du grand manitou, il est l'homme qu'il ne faut pas connaitre mais qui vous attire comme un aimant. Kyle Chandler est quant à lui dans un rôle qui lui va comme un gant, il est d'ailleurs impressionnant car il fait preuve d'une certaine compassion mais également d'une froideur et d'une grande distance avec l'homme qu'il traque, révélant des atouts de son jeu d’acteur.
Enfin, il y a le scénario. Comme dit plus haut, le film est tiré d'une histoire vraie, mais réussir à faire passer 3 heures du film à 2h30 du matin et qui plus est, complètement imbibé relève soit du génie, soit du miracle. Le film est rythmé de telle manière à ce que l'action soit un élément conducteur du film. Il y a une continuité au rythme et si on est attentif, on se rend compte que même les lenteurs sont rythmées pour insuffler plus de réalisme à l'oeuvre. Pas de temps mort, mais de petites séquences lentes pour préparer le spectateur à un niveau supérieur. En effet, chaque ascension est précédée de petit moment de détente et d'explication pour dire que le rythme va s'accélérer, et au fur et à mesure de la construction du scénario, on se rend compte que les différents découpages accélèrent au point ou arrive le moment ou l'enchainement est continu jusqu'à un final en apothéose ou le spectateur n'a plus le temps de reprendre sa respiration ni de réfléchir.
L'évolution du personnage, qui est quasiment invisible au départ, accélère également et on voit que toutes les dimensions d'origine prennent des proportions démesurées au point que tous les acteurs perdent le contrôle et surtout perdent le sens de la réalité. Tous? non! Tout le paradoxe du film réside en ce point car le personnage central semble être le seul à mener son équipage à bon port lorsque la tempête éclate. (C’est peut-être les "lude") mais le goût du risque et du jeu est dangereux, et peut mener à la perte, on le ressent énormément dans la réalisation avec cette impression d’équilibre instable de façon permanente. La question du film est de savoir si ce sera le cas, et si cela arrivait, un homme tel que Jordan Belfort resterait-il au fond du gouffre ou aurait-il la capacité de rebondir? Vous noterez que je reste dans le flou, mais si vous voulez le savoir, vous n'avez qu'à aller voir le film ou lire le livre. Je conseille à ceux qui veulent préserver leurs yeux de regarder le film !