La liberté sexuelle de deux délinquants, c'est très limite

o Bons points (ce que je retiens de positif du film)

- Le thème principal est la liberté/ libération sexuelle post-1968, une manière de rompre avec la France conservatrice et de dynamiter ses tabous.

- D’ailleurs, les personnages principaux, Jean-Claude (Gérard Depardieu) et Pierrot (Patrick Dewaere), sont sexuellement décomplexés.

- Les scènes de sexe sont diversifiées : bisexualité, voyeurisme, fétichisme, défloration, plan à trois, tout y passe. Encore faut-il concevoir et accepter le sexe sous toutes ses formes pour arriver à supporter le film.

- Depardieu est au top de sa forme malgré un jeu exagérément rond. Pour le coup, il surpasse Dewaere en termes de présence.

- Néanmoins, les deux acteurs forment un duo complémentaire, représentatif d’une nouvelle génération avec d’autres idées et mœurs a priori.

Aussi, le passage avec la veuve quadragénaire (Jeanne Moreau) qui sort de prison et finit par coucher avec les deux hommes est de loin mon préféré de tout le film. On sent à ce moment-là qu’elle assouvit un désir qui sommeillait en elle depuis longtemps. C’est beau. Puis l’idée de communion sexuelle entre trois ou plusieurs partenaires n'est pas pour me déplaire.

- Le cadre de la campagne est plaisant et apporte un peu de beauté dans ce road trip scabreux.

- Il y a des répliques cultes: « On n’est pas bien ?... paisibles, à la fraiche, décontractés du gland… et on bandera quand on aura envie de bander. » (J-C) ; « Donne-moi du blé, j’aurais des idées. » (P)

- Malgré tout ce que je lui reproche (voir mauvais points), Les Valseuses est indéniablement culte par son impact et l’esprit transgressif qui en ressort.


o Mauvais points (ce qui m'a dérangée)

- Le titre même du film révèle un point de vue phallocrate, c’est-à-dire qui tend à placer l’homme au centre de tout et, en particulier, au-dessus de la femme. Ici, on a affaire à deux queutards qui se croient tout permis.

- Le film n’est qu’un condensé de fantasmes de Blier qui donne une vision rabaissante, voire mysogine, de la gente féminine :

Par exemple, Marie-Ange (Miou-Miou) est ni plus ni moins qu’une femme-objet donnée en pâture, le stéréotype de la shampouineuse nunuche doublée de la « fille facile » mais en même temps frigide ; c’est dévalorisant au possible et je ne comprends pas que l’on puisse s’en amuser. Heureusement que les temps ont changé pour ça.

- Les personnages féminins sont soumis et n’acquièrent de contrôle sur eux-mêmes qu’une fois qu’elles se sont faites sauter par nos [anti-]héros.

- Les personnages principaux sont présentés comme de sympathiques marginaux alors qu’ils ont une éthique ultra discutable / apologie de la racaille ?/

Au début, ils harcèlent une dame et volent son sac ; plus tard, ils volent une voiture et enlèvent Marie-Ange qu’ils s’envoient après, etc. A quel moment sommes-nous censés les trouver attachants ?

- Le film est très vulgaire, notamment à travers le langage des protagonistes et les situations montrées. Je veux dire, on peut réaliser un film sur le sexe sans basculer dans une telle abjection. En somme, je ne suis pas fan du traitement que Blier a fait du thème.

- Comme je le disais, certaines scènes de sexe sont dégueulasses et/ou inutilement chocs, comme celle où Jean-Claude et Pierrot baisent, ou plutôt violent, Marie-Ange tour-à-tour, se plaignant de sa non réactivité ; c’est pas drôle et c’est le summum du mauvais goût.

- On frise constamment l’agression sexuelle ; en effet, la question du consentement ne se pose pas, les deux loubards entreprenant les femmes sans leur demander leur avis, comme s’ils étaient dans leur droit quoi qu’ils décident de leur faire [subir].

A un moment, ils payent une passagère dans un train (Brigitte Fossey) pour qu’elle laisse l’un d’entre eux téter ses seins, renvoyant le message dangereux comme quoi le corps de la femme peut s’acheter et être possédé par l’homme en toute circonstance, ce qui me dérange énormément. Déjà que la notion de prostitution me gêne, l’ambiguïté morale de la situation me met encore plus mal à l’aise (alors que je ne suis pas pudibonde)

- Humour noir trop provocateur. Pas mon délire.

NOTE : 3/10

MalaurieR
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le 16 janv. 2024

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