Ô joie, un réalisateur qui ose... noyant sous des jets d'hémoglobine toute notre époque wokiste et covidiste et les regardant tourbillonner en hurlant vers leur noir destin : le siphon de la douche. The Sadness est une joyeuse ode nihiliste décomplexée qui renoue avec un genre plutôt mis aux oubliettes ces derniers temps, le gore trash sadique et sexuel. Le film a des relents d'Orange mécanique, de la Colline a des yeux, d'Hostel, The Devil’s rejects et autres précieuses reliques d'une période où on pouvait se permettre beaucoup plus qu'aujourd'hui.
"Ai-je voyagé dans le temps ?" se demande le spectateur, tout en fixant l'écran d'un air gourmand, entre ses doigts entrecroisés (parce que, tout de même, c'est hard). Le générique de fin lui confirmera qu'il a bien effectué un saut spatio-temporel et qu’il n’est plus en 2022. Et ça fait du bien.
Jouissif de la première à la dernière seconde, le film enchaîne les situations sadiques gore, sur fond de violences sexuelles avec une originalité très rafraîchissante. « Tiens je n’y aurais jamais pensé », se dit-on après telle ou telle scène particulièrement inventive dont le but est d’écorcher notre œil tendre et juteux jusqu’à la moëlle ( NB : ce film est déconseillé à tous ceux ayant été déjà traumatisés par Hostel. L’hommage évident rendu au film de Eli Roth est de toute beauté et nous mettrait presque la larme à l’œil).
De répit, le film n’en laisse point. L’homme est un loup pour l’homme et derrière tout être humain à l’apparence débonnaire peut se cacher un prédateur sanguinaire prêt à vous planter dès que vous aurez le dos tourné. La civilisation nous a castré de nos velléités de violence, mais en réalité elles sont simplement en sommeil, attendant d’être réveillées à tout instant. La guerre peut transformer le plus doux des agneaux en violeur, l’instinct de survie une douce femme en meurtrière sanguinaire.
La société actuelle tente à tout prix de cacher cette réalité, qui pourrait la mettre en péril. Il est à d’ailleurs à noter que lors du visionnage, pas moins d’une quinzaine (oui une quinzaine) de spectateurs ont quitté le navire, tels autant de petits rats trottinant avec hâte vers la sortie. Ils partaient en général par paquets de deux, à différents moments du film, les yeux rougis par une vérité qu’ils ne sauraient voir. Est-ce tant vraiment la vue du sang qui les a fait fuir ? Ou bien plutôt la frénésie de recréer, à la lueur rassurante des couloirs de la sortie, leur rassurante bulle de déni qui venait de leur exploser en pleine face ? Libre à chacun d’en juger. Quant à ceux qui ont déjà conscience du naufrage de l’espèce humaine, ils pourront se resservir une coupe de champagne et trinquer à l’iceberg tout en se délectant de cette orgie pasolinienne qui apporte un vent de fraîcheur bienvenu à une industrie à la dérive.