Depuis mon arrivée en école de cinéma en septembre dernier, je me suis lancé dans l'idée folle de ne regarder aucun pitch, aucune critique et aucune bande-annonce avant de voir un film (exception pour "Mademoiselle" tellement l'excitation était grande). En gros je choisis un film à sont affiche, ou au hasard. Pour "The Young Lady" j'ai opté pour "l'habit fait-il le moine ?". L'affiche, bon élément marketing, mais vecteur d'émotions aussi. Oui j'ai craqué sur cette affiche, austère, rehaussé par la robe bleu-roi de Florence Pugh, glaciale, rigide, mais percutante. Alors j'ai foncé dans une salle obscur ...
La première demi-heure provoque une sensation d'ennuie, nous plaçant immédiatement dans la tête de la protagoniste, Katherine. Jeune femme solitaire, acheté par son beau-père, délaissé par son mari et vouée à tourner en rond. Elle ne fait office que de "meuble" dans cette maison vide. Vide de tout bruit, de toute présence. Car bien que le personnel s'y balade, nous avons la sensation que des esprits déambulent dans les couloirs et disparaissent entre les murs. C'est l'ennui de l'entre-deux mondes, de la solitude, de la morosité. Le rythme du récit correspond bien à la personnalité de Katherine et la provocation de cet ennui est rondement bien mené !
C'est alors que le turning point intervient et montre la face cachée de cette froide Lady. Le silence est rompu, l'ennui et la léthargie font place à la bestialité. Car il y a un rapport à l'homme et l'animal très marqué dans le film (SPOILER la servante Anna comparée à un animal par le beau-père, le chat qui remplace ce-dernier à la table du salon, le cheval enterré en parallèle à son maître et tout simplement la bestialité des deux amants Katherine et Sebastian), transformant cette villa en cage. Car ces figures froides, rigides et fantomatiques deviennent des bêtes en cage, affamée et prêtent à marquer leur territoire. Le ton change en deuxième partie, passant d'un film contemplatif à un suspens haletant et un récit sanglant. Et c'est comment dire ... SURPRENANT et efficace !
Question forme, c'est juste brillant. Une photographie à couper le souffle, avec des jeux de contrastes qui vont participer à la construction de cette atmosphère étrange et paranormal. La lumière du jour vient transpercer chaque pièce de la maison par des blancs parfois doux, parfois cramés. Les paysages environnants aux couleurs ternes, au ciel gris et parsemé de brouillard nous renvoient une fois de plus à cette idée d'entre-deux mondes (cela va peut nous rappeler les alentours du manoir dans "Les Autres" d'Amenabar ;) ). C'est probablement de l'interprétation personnelle, mais il est intéressant de remarquer ces nombreux plans où Katherine de dos, avance dans des couloirs vides, bercés par une source lumineuse et éclairant les murs grisâtres, nous faisant penser aux étranges portrait du peintre Danois Wilhem Hammershoi. L'ambiance est donc pesante, marqué par ces nombreux silence, dont le réalisateur à très certainement la volonté de nous mettre à la place de Katherine. Il est bon de noter le prestation fabuleuse et terrifiante de Florence Pugh dans le rôle principale, qui petit à petit va nous glacer le sang et au final nous faire adorer la détester. Une jeune femme seule, discrète peut cacher en elle une part démoniaque ! Je ne vais pas revenir sur la comparaison avec la Lady Macbeth de Shakespeare qui est assez évidente dans le film.
"The Young Lady", c'est accepte un concept, vivre l'ennuie au cinéma et l'apprécier pour comprendre au mieux le personnage de Katherine. S'y attacher pour avoir la déception plus tard de vouloir s'en détacher. Mais il est trop tard ! Vous voilà complice de ses méfaits, témoin de la bestialité qui sommeil au fond de tous et son explosion. Pulsionnel et froid à la fois ... c'est paradoxale, mais là est l'accomplissement de William Oldroyd.