Eau douce
8.1
Eau douce

livre de Akwaeke Emezi (2020)

"Au Nigeria, dans la cosmologie igbo, lorsqu'un enfant est dans le ventre de sa mère, il est façonné par des esprits qui déterminent son destin." Tiens, cela rappelle quelque chose, un (excellent) roman récemment traduit de Chigozie Obioma : La prière des oiseaux. Eau douce, la première fiction d'Akwaeke Emezi, part donc sur les mêmes bases mais son livre n'a absolument rien à voir avec celui de son compatriote. Ou alors ce serait sa version maléfique avec une narration assurée par les mauvais esprits qui habitent le corps de l'héroïne, Ada, et se marient tellement avec son moi profond que le lecteur lui-même n'a plus possibilité de savoir qui est responsable de ses actes. Eau douce n'est pas un livre pour âmes sensibles : il y est question de viol, de scarification, de suicide et de violences diverses, même si tout n'est pas toujours dit explicitement. Le roman est aussi chaotique que la fragmentation des pensées de son personnage principal qui se reflète sur ses actes, qui la font passer au mieux pour bizarre, au pire pour folle. Malgré quelques fulgurances et des passages très intenses, le livre, parait-il autobiographique en grande partie, se révèle insaisissable et souvent insoutenable par sa noirceur quasi permanente. Avec sa narration à hauteur d'esprit(s), Akwaeke Emezi (qui revendique une personnalité non-binaire) n'a pas choisi la facilité car les faits et gestes de Ada ne nous sont perceptibles qu'à travers un prisme déformant, comme si un voile nébuleux recouvrait ses actes alors que ses pensées, aussi contradictoires soient-elles, sont décortiquées jusqu'à plus soif. En s'éloignant du réalisme, la romancière courrait le risque d'écrire un ouvrage cérébral et conceptuel, peu déchiffrable et frustrant pour certains de ses lecteurs. Au moins peut-on lui accorder le courage d'avoir su rester fidèle à ses principes jusqu'au bout.

Cinephile-doux
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Mes livres de 2020

Créée

le 7 mars 2020

Critique lue 362 fois

Cinephile-doux

Écrit par

Critique lue 362 fois

D'autres avis sur Eau douce

Eau douce

Eau douce

8

M3lish

60 critiques

Critique de Eau douce par M3lish

Quand sa mère était enceinte d'elle, Ada a reçu la visite des ogbanje. Jouant leur rôle d'esprits, ils l'ont façonnée allant et venant d'un monde à l'autre avec plaisir et malice. Mais voici qu'à la...

le 13 août 2025

Eau douce

Eau douce

9

ZachJones

219 critiques

La danse des ombres intérieures

J'ai été amené à rencontrer beaucoup de ressortissants nigérians dans le cadre de mon travail. Très rapidement, j'ai été sensibilisé à leur vision du monde empreinte de de spiritualité et...

le 21 juil. 2024

Eau douce

Eau douce

7

Aurélie_B_

8 critiques

Une expérience littéraire

Il est très difficile de faire la critique de ce livre tant il est inhabituel autant dans son style de narration que dans son contenu. On oscille entre intrigue spirituelle et intrigue psychologique...

le 28 mai 2020

Du même critique

Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

6

Cinephile-doux

8095 critiques

Procès d'intentions

Depuis quelques années, le cinéma français, et plus particulièrement ses réalisatrices, trustent les lauriers dans les plus grands festivals. Au tour de Justine Triet d'être palmée à Cannes avec...

le 28 mai 2023

France

France

8

Cinephile-doux

8095 critiques

Triste et célèbre

Il est quand même drôle qu'un grand nombre des spectateurs de France ne retient du film que sa satire au vitriol (hum) des journalistes télé élevés au rang de stars et des errements des chaînes...

le 25 août 2021

The Power of the Dog

The Power of the Dog

8

Cinephile-doux

8095 critiques

Du genre masculin

Enfin un nouveau film de Jane Campion, 12 ans après Bright Star ! La puissance et la subtilité de la réalisatrice néo-zélandaise ne se sont manifestement pas affadies avec Le pouvoir du chien, un...

le 25 sept. 2021