Philippe Chassagne (Philippe Résimont) est le nouveau maire de Villeneuve. Partisan d’une collaboration totale, il se pique d’initiatives qui le propulsent dans un face à face dangereux avec Heinrich Muller (Richard Sammel) chef de la police allemande. Ce dernier, conscient des revers de l’armée allemande, tente de sauver sa peau. La résistance s’organise entre deux pôles, les historiques autour des communistes et les réfractaires du STO réfugiés dans le maquis. Raymond Schwartz se résout à choisir entre la collaboration de son ancienne femme et désormais compagne du maire, Jeannine Chassagne (Emmanuelle Bach) et la résistance rejoint par son beau-frère Antoine (Martin Loizillon) et dirigée par sa maîtresse Marie Germain (Nade Dieu). Rares sont ceux à vivre en dehors de cette effervescence à l’image de Daniel Larcher (Robin Renucci) et Lucienne (Marie Kremer) contraints de renoncer à une neutralité choisie. L’équilibre des forces ainsi rompu offre une place de choix à la milice qui deviendra un adversaire acharné jusqu’aux premiers jours de la libération.
Alors que les nouvelles du front sont très mauvaises pour l’occupant, certains collaborateurs se posent la question d’un soutien en sous-main à la résistance, avec l’idée de préparer l’après-guerre. Le préfet Servier, toujours soucieux de limiter les pertes humaines à Villeneuve ne peut imposer ses appréhensions à Chassagne. Le maire, comme Muller, est un ambitieux qui ne veut se résoudre à mettre un frein à son ascension politique. Partisan d’une réplique immédiate et implacable il se heurte à un Muller meilleur tacticien. Les deux jouent leur place, leur autorité. Grande réussite de cette saison 5, leurs discussions, d’une grande tension, menace de dégénérer à chaque instant pour ces deux ogres, ô combien charismatiques et sans scrupules. Si les autorités se déchirent, la résistance évolue entre scission et coup d’éclat. Les jeunes du STO sont pour certains forcés de rejoindre la lutte, mais leur situation est surtout faite d’attente et d’ennui, le camp improvisé se transforme alors en scène de théâtre.
Un Village français maintient son projet de dresser le portrait complexe et psychologique de la France occupée. Les confrontations entre les résistants et la milice, et les procès, survenus après tant de souffrance et de morts, divisent profondément les vainqueurs, entre gaullistes et communistes, soutien à une répression sanglante contre appel à une justice digne. L’intransigeance d’un Chassagne éclaire mieux les hésitations ou l’opportunisme de ses soi-disant défenseurs. Les trop mous sont accusés, les trop vigoureux dénigrés. La Libération est un combat aussi idéologique que militaire ou chacun s’engage selon ses idéaux ou ses opportunités. Si Antoine, Germain, Jules Bériot (François Loriquet) en sortent grandis, Daniel Larcher vit une descente aux enfers orchestrée par une population soudainement révoltée. La série n’oublie pas d’illustrer la lâcheté qui accompagna les résistants de la dernière heure, autant que les derniers sursauts de l’occupant cerné. C’est sans surprise que l’humain se révèle derrière le monstre à l’heure des comptes, quand d’autres figures plus sympathiques se muent en justiciers inflexibles.
La réalisation parfaite sait transcrire cette tension intense, où le danger peut venir de n’importe où et de n’importe qui. La saison 5 contient certainement les meilleurs épisodes de la série, couronnée par les derniers instants de deux condamnés à mort que tout oppose, dans une dernière scène sublime, entre résignation et volutes de fumée. La saison 6 accuse inévitablement une perte de vitesse en 2ème partie après s’être offerte une 1ère partie frôlant l’excellence, l’épisode 3 est dense et époustouflant.
Un Village français nous sert un merveilleux casting franco-belge. A sa tête Philippe Résimont, dans la peau de Chassagne, incarne cette ordure qu’il impose par une droiture terrifiante. Martin Loizillon interprète à merveille le jeune Antoine, sachant retranscrire les difficultés pour un jeune homme de supporter de si grandes et soudaines responsabilités. Nade Dieu est magnifique, sûre et autant maître d’elle-même que des autres. A ce stade il m’est difficile de ne pas citer toute la distribution, j’ai néanmoins des réticences quand à Marie Kremer, la faute à son personnage d’incroyable nunuche ?
Un Village français est une très grande série. Capable de retranscrire l’immense complexité de la seconde guerre mondiale sans sacrifier la psychologie de ses protagonistes. Action, tractations et manipulations s’entremêlent avec la plus grande clarté. La série est à ce titre un modèle d’écriture.
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